Premier weekend de mai à Montréal. Il fait beau, un peu frette.

Il existe un programme appel√© "Art public", qui invite √† sortir et √† apprendre un peu : √áa consiste √† donner √† voir une collection d‚ÄôŇďuvres art, qui vise peu √† peu le millier de pi√®ces, issues d'artistes locaux ou d'ailleurs, et log√©es dans des lieux d‚Äôacc√®s public, dans tous les quartiers de l'√ģle.

Nous avons sélectionné un des nombreux parcours proposés sur le site d' "Art public " pour nous guider dans les rues du Plateau : Presque 3 heures de promenade, sur le thème des murales et des bourgeons.

Premier arrêt : Le "tango de Montréal", un moulage monumental en argile cru de 1999, de Richard Purdy

Il s'agit de la reproduction d'un po√®me, dont le nom de l'auteur a servi √† nommee la petite place o√Ļ √©merge la bouche du m√©tro "Mont-Royal" : place G√©rald Godin, un point chaud de transit des travailleurs modernes montr√©alais. Chaque lettre est sculpt√©e dans l'argile pour former une brique, qui est ins√©r√©e dans ce grand mur de 3 √©tages !

Deuxième arrêt : "Hommage à Albert Saint-Martin", murale peinte par le "graffiteur" montréalais Hsix (Carlos Oliva) en 2015

Albert Saint-martin, ce n'√©tait pas n'importe qui : il fut militant ouvrier, socialiste, conseilliste et anarchiste qu√©b√©cois francophone. Il a lutt√© notamment ¬†pour les droits des femmes et l‚Äôacc√®s √† l'√©ducation. Il m√©ritait bien sa fa√ßade, nich√©e face √† une ancienne usine de cornichons (c'est dessin√© dessus!), et tout pr√®s du conservatoire o√Ļ Olive "s'est pratiqu√©e" au violoncelle cette ann√©e.

Hors parcours, tout un tas d'autres visuels attirent l‚ÄôŇďil...

Troisième arrêt : "Hommage à Léa Roback" (2014), du même auteur, Hsix

Hsix est spécialiste des reproductions de visages : il a réalisé trois murales-hommages dans la ville.

Ici, c'est donc Léa Roback qui est à l'honneur, sur fond d'une "circulaire" bilingue français-yiddish, publiée à l'origine le 1er mai 1930 pour la Journée internationale des travailleurs et des travailleuses, il y a 90 ans presque jour pour jour  ! Léa Roback est considérée comme une pionnière du féminisme québécois. Elle est connue au Québec pour son action de meneuse dans la "Grève des midinettes" : en 1937, les femmes travaillaient plus de 60 heures par semaine à un petit salaire ; Léa Roback soulève alors une grève de 5 000 femmes, en tant qu'organisatrice syndicale de "l'Union de la Robe" ! Bien joué, et tu gagnes ta murale.

L'originale était comme ça :

Mais le temps a fait son oeuvre, et il ne reste que les beaux yeux de Léa sur le mur, accompagnés de revendications bien légitimes ...

Quatrième arrêt : "Family portrait", murale collaborative peinte en 2016, par 12 artistes, dont l'artiste montréalais Kevin Ledo

(qui est aussi l'auteur du célébrissime portrait de Leonard Cohen, qu'Olive peut admirer en temps normal depuis la fenêtre de sa classe, perchée sur les toits de Montréal)

Il y en a pour tous les styles : faut de tout pour faire une famille !

Le Cohen 

Cinquième arrêt : "Germaine", murale de 2014 de Rafael Sottolichio, artiste chilien au Québec

Il s'agit d'un hommage √† l'oeuvre de Michel Tremblay, auteur-phare de la litt√©rature qu√©b√©coise, pour qui la ville Montr√©al, et plus particuli√®rement le quartier du Plateau, est centrale. Ici, on retrouve "Germaine", une des "Belles-sŇďurs" de Tremblay, titre d'une de ses pi√®ces les plus connues, et qui met en valeur le "joual", c'est-√†-dire le parl√© populaire qu√©b√©cois.

"J'sais que je suis cheap, mais j'veux m'en sortir ! Chus v'nue au monde par la porte d'en arrière, mais m'as donc sortir par la porte d'en avant ! Pis y'a rien qui va m'en empêcher !"

Sixième arrêt : "Quai des arts", création collective de 2011 du collectif "En masse"

Cette oeuvre recouvre toutes les surfaces d'un quai de chargement sur le Boulevard Saint-Laurent, pas très loin du bureau de Flo.

Le diable est dans le détail. Et 'y a des tatoueurs là-dedans ...

Septième arrêt : "Les conteurs", première murale (2011) de Richard Morin

Morin, c'est un artiste reconnu pour son travail de d√©corateur, notamment aupr√®s du Cirque du Soleil. Pour preuve : les engrenages au haut de l‚ÄôŇďuvre, qui repr√©sentent le travail en coulisse et le d√©cor de th√©√Ętre en arri√®re-plan. De haut en bas, le trait passe du traditionnel √† l‚Äôabstrait, pour repr√©senter le temps en art.

Passage devant une autre institution locale : les poutines de chez Claudette !

Dernier arrêt : "Purple reign", réalisé en 2014 par le peintre Five Eight, membre lui aussi du collectif "En masse"

Ici, on go√Ľte le cocktail sortie spatiale / yoga chaud (l'enseigne : sp√©cialit√© de yoga √† 37 degr√©s tr√®s d√©velopp√©e dans ce coin de Terre) / reflet d'√©glise catholique, m√©lange qui √©voque une ouverture √©tonnante des possibles...

Voilà comment on a profité de notre samedi sous covid, en pensant bien fort à tous nos amis confinés en France et ailleurs.